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Du temps et des mots

Quinze ans après : ce qui revient, ce qui reste, ce qui s’ouvre

Cela fait 18 mois que je n’ai rien publié ici. Dix-huit mois de silence apparent, mais pas un silence vide. Pendant ce temps, j’ai écrit un roman. Un texte long, exigeant, qui m’a tenue, portée, parfois bousculée. Aujourd’hui, il est entre les mains des éditeurs. Je ne sais pas encore s’il trouvera sa place. Je sais seulement qu’il a trouvé la mienne.

Je pensais revenir ici un jour, sans savoir quand ni comment. Et puis deux événements, presque simultanés, ont créé une brèche. Une ouverture. Une nécessité.

Le premier est venu de mon éditeur. Le second d’un homme que je n’avais pas revu depuis quinze ans.

Ils n’ont, en apparence, rien à voir. Et pourtant, ils se répondent.

Un livre qui revient

Il y a quelques semaines, mon éditeur m’a annoncé la parution d’un petit livre inattendu : la transcription d’un entretien que j’avais donné au podcast Lignes de désir. Une conversation dense, intime, où je revenais sur mon parcours, mes choix, mes déplacements intérieurs, ce qui m’avait conduite à écrire mes deux premiers récits autour du polyamour.

Ce texte, je l’avais laissé derrière moi. Lui, non.

Il en a fait un livre. Et il a choisi de l’offrir pour l’achat de mes deux premiers ouvrages, comme une manière de rassembler les pièces d’un même chemin. Une stratégie éditoriale, oui. Mais aussi un geste : reconnaître la continuité d’un récit qui ne s’est jamais vraiment interrompu.

J’ai été touchée. Et un peu déstabilisée. Comme si quelque chose de mon passé revenait frapper à la porte, non pour me ramener en arrière, mais pour me rappeler d’où je viens.

Une rencontre après quinze ans

Au même moment, j’ai passé un week‑end avec celui qui fut, il y a longtemps, mon amant. Celui qui, sans le savoir, a amorcé en moi un basculement décisif : l’ouverture à la non‑exclusivité, la possibilité d’aimer autrement, de vivre autrement.

Quinze ans. Un temps qui compte.

Nous nous sommes retrouvés sans attente, sans projection, sans volonté de rejouer quoi que ce soit. Juste deux personnes qui se reconnaissent encore, autrement. Deux trajectoires qui se croisent à nouveau, avec la douceur de ce qui n’a plus besoin d’être prouvé.

Ce n’était pas un retour en arrière. C’était un point de contact. Un rappel que certaines rencontres ne disparaissent pas : elles se transforment, elles s’élargissent, elles continuent d’agir en nous.

Le roman, en filigrane

Pendant ces années silencieuses, j’ai écrit un roman. Ce n’est pas un récit autobiographique. Ce n’est pas non plus une rupture avec mes textes précédents.

C’est une autre manière de dire ce qui me traverse : les liens, les futurs possibles, les manières d’habiter le monde et les autres. Une fiction, oui, mais nourrie de ce que j’ai appris, vécu, traversé.

Aujourd’hui, il circule entre les mains des éditeurs. Je ne sais pas ce qu’il deviendra. Mais je sais qu’il marque un passage. Une étape. Un déplacement intérieur qui, lui, ne dépend d’aucune réponse extérieure.

Quand les récits se répondent

La parution de ce livre‑entretien, cette rencontre après quinze ans, et ce roman en attente d’un avenir éditorial : trois événements sans lien apparent, mais qui, pour moi, dessinent une même ligne.

Un livre qui revient. Un homme qui revient. Un roman qui cherche sa place.

Et moi, au milieu, qui mesure le chemin parcouru.

Ce n’est pas une boucle qui se referme. C’est une continuité qui se révèle.

Je ne suis plus celle que j’étais lorsque j’ai écrit mes premiers récits. Je ne suis plus celle que j’étais lorsque j’ai vécu cette histoire. Je ne suis plus tout à fait celle que j’étais en commençant ce roman. Mais je ne suis pas quelqu’un d’autre non plus. Je suis la somme de ces expériences, de ces choix, de ces liens qui ont façonné ma manière d’aimer, d’écrire, de me tenir au monde.

Ce qui revient ne revient jamais pour répéter. Cela revient pour éclairer le présent.

Ce que je retiens

Je retiens que les histoires ne s’effacent pas. Elles changent de forme. Elles se déposent autrement. Elles continuent de nous travailler, parfois longtemps après leur fin apparente.

Je retiens aussi que l’écriture n’est jamais un geste isolé. Elle s’inscrit dans une trajectoire. Elle dialogue avec ce que nous vivons, avec ce que nous avons vécu, avec ce qui nous revient.

Alors oui, je reviens ici. Pas pour annoncer quoi que ce soit. Pas pour « relancer » une présence. Mais parce que ces trois événements m’ont rappelé que mes récits ne sont pas clos. Ils continuent de se déployer. Et j’ai envie d’en témoigner.

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