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Écrire sous pseudonyme

Le choix de l’anonymat

Révéler ou non mon identité a été une vraie question, et un vrai choix. Pour faire évoluer les regards et les mentalités sur les faits sociaux, il importe de les faire exister simplement aux yeux de tous. C’est précisément la démarche qui est la mienne. J’ai un mode de vie « atypique », je l’assume et le revendique comme un modèle qui, s’il est vécu en conscience et en attention, n’est pas moins éthique que le modèle monogame dominant. Pourtant, si la plupart des membres de mon entourage connaît mon mode de vie, j’ai choisi d’écrire sous pseudonyme, pour préserver mes enfants.

Léa et Sacha* ont 13 et 10 ans. Avec leur père et leur beau-père, nous tentons de leur donner une éducation consciente et réflexive. Ainsi, il et elle sont sensibles à la question des normes et reproductions sociales, ainsi qu’à celle des déterminismes sociaux. Ils sont par ailleurs conscients de la société dans laquelle il et elle vivent.

Nos enfants sont la société de demain. Ce sont eux qui mèneront les prochaines luttes pour que les droits de chacun.e soient respectés. Parmi celles-ci, la lutte pour la liberté de choisir son mode de vie, indépendamment de la norme dominante. Parler de mon mode de vie à mes enfants, comme de celui de celles et ceux qui sont encore à la marge, est un acte éducatif et militant.

Néanmoins, il reste vrai que la société nous a montré bien souvent combien elle peut être frileuse lorsqu’il s’agit de faire évoluer ses mœurs, et combien elle est résistante face à la peur d’un changement qui viendrait mettre en péril l’ordre social.

C’est pourquoi, en choisissant l’anonymat, je fais le choix de les préserver d’avoir à répondre de mon mode de vie, et d’avoir à en subir les conséquences sociales. Et, pour les mêmes raisons, je les invite à la prudence quant à la diffusion de ces éléments qui relèvent tout de même de la sphère privée.

Parler du polyamour aux enfants

La manière de parler du polyamour aux enfants a toutefois été le fruit d’un vrai questionnement. Que leur dire ? Comment leur dire ? Et jusqu’où aller ? D’abord, il m’importait d’être au clair avec moi-même sur le propos : si je devais partager quelque chose avec eux, c’était seulement sur ce qui avait une valeur existentielle dans ma vie. J’allais leur parler d’amour et de rien d’autre. Et c’est avec une question de Léa que tout a commencé.

Lorsque Loïc*, mon compagnon de vie, s’est installé avec nous, j’étais déjà en relation avec Thibaut*, que connaissaient déjà bien Léa et Sacha. Du haut de ses dix ans, ma fille m’a demandé :

_ « Mais alors, tu vas quitter Thibaut ?

_ Non, je ne vais pas le quitter, avec Loïc et Thibaut, nous sommes polyamoureux, cela veut dire que…

_ C’est bizarre, a-t-elle répondu, moi, je ne pourrais jamais !

_ Oui, c’est bizarre, et ça fait bizarre à de nombreuses personnes, mais moi, c’est comme cela que je me sens bien. Lorsque je suis tombée amoureuse de Loïc, je n’avais pas du tout envie d’arrêter de voir Thibaut, et nous avons décidé tous ensemble que se serait possible de continuer . »

Au final, Léa et Sacha vivent depuis bientôt quatre ans auprès d’adultes vivant la polyamorie.

Pour autant, il m’a semblé fondamental de les consulter quant à l’organisation de nos vies quotidiennes dans ce contexte. Léa a été très claire. « Je veux bien rencontrer tes autres amoureux, passer des moments avec eux, mais je ne veux pas qu’ils rentrent dans notre famille, j’ai besoin de préserver notre cocon familial ». Sacha, lui, a dit que ça lui était égal.

Alors j’ai pris acte, parce que leur bonheur et notre lien restent ma priorité. Léa et Sacha vivent avec Loïc et moi une semaine sur deux, et à ce moment-là, nous sommes une famille des plus ordinaires.

* les prénoms ont été modifiés

La photo ci-dessus est le fruit du travail de mon amie Sophie Roques, photographe, qui m’a gracieusement offert une séance de photographies pour alimenter ce site. Je l’en remercie chaleureusement.

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